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La Chine transforme le désert du Taklamakan en puits de carbone

par Clément Poursain pour slate.fr, le 13 février 2026

Une étude montre que la périphérie d'un des déserts les plus arides du monde est devenue un puits de carbone. Ce phénomène est lié à un programme de reboisement lancé il y a plus de quarante ans par les autorités chinoises.

 

C'est le résultat spectaculaire de l'un des projets écologiques les plus ambitieux du monde: la Grande muraille verte de Chine. | NASA via Wikimedia Commons
C'est le résultat spectaculaire de l'un des projets écologiques les plus ambitieux du monde: la Grande muraille verte de Chine. | NASA via Wikimedia Commons

Pendant des décennies, le désert du Taklamakan, immense étendue de sable de la région du Xinjiang, n'était qu'une zone vide sur la carte. Il était réputé pour être un des déserts les plus arides de la planète, où même pendant la saison humide (de juillet à septembre), les précipitations n’atteignent qu'environ 16 millimètres par mois. Aujourd'hui, ce « néant biologique » est en train de devenir un véritable puits de carbone, nous apprend Live Science.

C'est le résultat spectaculaire de l'un des projets écologiques les plus ambitieux du monde: la Grande muraille verte de Chine. Lancé en 1978, ce programme colossal visait à ralentir l'avancée du désert en plantant des milliards d'arbres tout autour du Taklamakan et du désert de Gobi. Quarante ans plus tard, les chercheurs confirment que la stratégie porte ses fruits.

Selon une étude parue dans la revue PNAS en janvier, la périphérie du Taklamakan absorbe désormais plus de CO2 qu'elle n'en émet. Autrement dit, cet océan de sable commence à stocker du carbone, un exploit que les scientifiques jugeaient auparavant impensable dans un environnement aussi extrême. « Pour la première fois, nous montrons qu'une intervention humaine peut réellement renforcer la séquestration de carbone dans des zones arides, et transformer un désert en puits de carbone », explique Yuk Yung, chercheur au Jet Propulsion Laboratory de la NASA et professeur à Caltech.

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut imaginer un territoire grand comme plus de la moitié de la France, soit 337.000 km² de dunes, isolé de toute humidité par des chaînes de montagnes bloquant les nuages. Depuis les années 1950, la désertification y progressait à vive allure, nourrie par l'urbanisation et l'expansion agricole. Les tempêtes de sable, de plus en plus fréquentes, ravageaient sols et cultures.

 

66 milliards d'arbres

La parade chinoise consista d'abord à planter. Des peupliers, des saxaouls et des buissons capables de survivre avec très peu d'eau. Les autorités affirment avoir planté plus de 66 milliards d'arbres dans le nord du pays depuis le lancement du programme. En 2024, Pékin a annoncé avoir enfin fermé l'anneau végétal de 3.000 km ceinturant le Taklamakan, stabilisant les dunes et faisant passer la couverture forestière nationale de 10% à plus de 25%.

Les chercheurs ont confirmé cette transformation à l'aide d'images satellites et de relevés au sol analysant la photosynthèse, les précipitations et les flux de CO2 sur les vingt-cinq dernières années. Résultat: une augmentation nette de la verdure et une baisse moyenne des concentrations de CO2 dans l'air de 416 à 413 parties par million pendant la saison humide. Cette végétalisation a même modifié le climat local : les précipitations estivales ont doublé et renforcé la couverture végétale, créant une boucle vertueuse. Plus de plantes, donc plus d'humidité, donc encore plus de plantes. Facile.

Mais tout n'est pas réglé pour autant. Certains chercheurs doutent encore de l'efficacité réelle de cette «muraille verte» contre les tempêtes de sable. D'autres craignent l'impact sur les nappes phréatiques et la biodiversité locale. Les arbres, plantés à marche forcée dans un milieu aride, demandent de l'eau que le désert n'est pas toujours capable d'offrir.

Reste que cette prouesse symbolique démontre une chose: le désert peut, lui aussi, devenir un allié du climat. Comme le résume Yuk Yung, « le Taklamakan est le premier modèle réussi de transformation d'un désert en puits de carbone ». Un modèle que d'autres pays – de l'Afrique du Nord au Moyen-Orient – observent désormais avec intérêt.

 

URL de l'article: https://www.slate.fr/sciences/chine-plantation-arbres-desert-taklamalan-carbone-puits-ecologie-pollution-vegetation-projet