Soutenons la construction d’un nouvel ordre économique mondial juste ! 

par la rédaction de l'Institut Schiller, le 19 août 2023

Avec l'ouverture du sommet des BRICS, le potentiel pour une nouvelle donne à l'échelle internationale est visible pour tous. Le présent appel a pour objectif d'amener les pays et les citoyens du Nord planétaire à ne pas tourner le dos à l'histoire, à saisir l'extraordinaire opportunité de changement que représente les BRICS et à répondre positivement au désir de progrès et développement qu'ils incarnent.

 

Ce mardi 22 août marque l'ouverture à Johannesbourg, du sommet des BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud.
Ce mardi 22 août marque l'ouverture à Johannesbourg, du sommet des BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud.

 

En dépit de toutes les tentatives occidentales pour l’entraver, le sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui aura lieu du 22 au 24 août à Johannesburg en Afrique du Sud, démontrera au monde entier qu’un nouvel ordre économique mondial a émergé, ouvrant un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. Les nations du Sud planétaire, qui représentent déjà la grande majorité de la population mondiale, expriment en effet leur volonté de mettre un terme définitif à près de six cents ans de colonialisme et d’instaurer un système économique favorisant le développement souverain et équitable de tous les États de la planète, l’élimination de la pauvreté et l’accès à un niveau de vie décent pour tous. Nous, citoyens du Nord, devons saluer de tout cœur cette évolution et la soutenir par une coopération concrète !

Il est essentiel d’analyser correctement la manière dont s’est produit ce glissement tectonique de la situation stratégique. Cette formation d’un nouveau modèle économique n’est pas l’œuvre de « trolls russes » ou d’une « agression chinoise », comme les médias dominants veulent nous le faire accroire. Elle découle en réalité d’une énorme erreur stratégique commise par des forces principalement américaines et britanniques qui, après la dissolution de l’Union soviétique, se sont considérées à tort comme les vainqueurs de la Guerre froide et en ont déduit le droit d’imposer leur modèle économique néolibéral à un monde unipolaire et d’utiliser diverses méthodes de « changement de régime » à l’encontre des gouvernements refusant de se conformer à cet « ordre fondé sur des règles ».

L’opportunité historique offerte en 1989, d’instaurer ce qui apparaissait alors comme un ordre de paix parfaitement possible pour le XXIe siècle, a été gâchée et remplacée par la doctrine Wolfowitz des néoconservateurs américains et les politiques de Brzezinski, conçues pour cimenter un ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis et la Grande-Bretagne, décrétant qu’aucune nation ou groupe de nations ne devrait jamais surpasser les États-Unis sur le plan économique, militaire ou politique.

Cette prétendue « fin de l’histoire » à laquelle Fukuyama pensait assister impliquait la déréglementation complète des marchés et la privatisation à grande échelle des secteurs de l’économie encore sous contrôle de l’État. Il ne subsistait dès lors plus aucun obstacle à la maximisation des profits dans une économie de casino mondialisée, creusant un fossé de plus en plus grand entre riches et pauvres pour aboutir finalement à ce que Lyndon LaRouche avait anticipé en 1971, lorsque le président Nixon abrogea les taux de change fixes du système de Bretton Woods : la crise systémique du système financier néolibéral, qui se manifesta en 2008. Cette crise n’est toujours pas jugulée, bien qu’ayant été retardée par l’impression de quantités illimitées d’argent par les banques centrales, baptisée « assouplissement quantitatif ».

Cette politique, qui a profité surtout à la spéculation, entraîna une contre-réaction complexe. La Chine était prête à participer à la mondialisation avec ses politiques de réforme et d’ouverture, mais plutôt que de se soumettre au modèle de la démocratie néolibérale occidentale, cette civilisation vieille de 5000 ans s’est tournée vers sa propre culture, adoptant le modèle d’un socialisme aux caractéristiques chinoises, et accoucha d’un miracle économique d’une ampleur sans précédent. Sa volonté de partager l’expérience de ce modèle réussi avec d’autres nations du Sud, sous la forme de l’initiative de la Route de la soie, conduisit à une renaissance du Mouvement des non-alignés et au renouveau de « l’esprit de Bandung ».

Les pays du Sud ont pris douloureusement conscience de la persistance du colonialisme sous sa forme moderne (notamment à travers les pratiques déloyales de commerce et de crédit du système financier libéral), contre lequel le président indonésien Sukarno et le Premier ministre indien Nehru avaient déjà mis en garde à Bandung il y a soixante-huit ans.

Le colonialisme n’a pas pris fin après la Seconde Guerre mondiale, comme l’aurait voulu le président Franklin Roosevelt, mais a été perpétué par Churchill et Truman. Surtout, après le 11 septembre 2001, sous couvert de « guerre contre le terrorisme », les États-Unis se sont concentrés sur des opérations militaires et de sécurité dans le monde entier, installant près de mille bases militaires et formant des forces armées sur presque tous les continents. Puis il y a eu les différentes « guerres d’intervention humanitaire », en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, etc. Évidemment, toute idée de développement économique pour ces pays est passée à la trappe.

Il ne faut pas s’étonner que dans ces conditions, un grand nombre de nations du Sud choisissent de coopérer avec les pays des BRICS, qui leur offrent une véritable croissance économique et un traitement d’égal à égal. Dans ce contexte, et face au comportement des anciennes puissances coloniales (et de la puissance hégémonique actuelle), on comprend pourquoi les nations du Sud ont refusé de condamner la soi-disant « guerre d’agression non provoquée » de la Russie et rechignent à se ranger du côté de l’Occident « fondé sur des règles ».

Le sommet des BRICS mettra en lumière ce réalignement historique de façon si éclatante que même les grands médias et les forces politiques (qui, jusqu’à récemment, avec leur arrogance eurocentrique habituelle, considéraient au mieux les pays du Sud comme des lieux de vacances exotiques) devront prendre acte de cette nouvelle réalité. Mais la question cruciale sera de savoir comment les nations du Nord se comporteront par rapport à cet ordre économique émergent.

Tenter de maintenir ce monde unipolaire depuis longtemps moribond conduira presque sûrement à la Troisième guerre mondiale, dont nous nous sommes dangereusement rapprochés avec la situation en Ukraine. L’échec de la contre-offensive ukrainienne ayant épuisé la dimension conventionnelle de la guerre, il ne reste plus que l’option d’y mettre fin par la négociation diplomatique ou de passer à l’escalade en utilisant des armes nucléaires. L’idée que l’Occident doit se « découpler » de la sphère d’influence de la Chine et de son Initiative la Ceinture et la Route (ICR), ou s’engager dans la « réduction des risques », pour utiliser cette nouvelle formulation ridicule, conduirait non seulement à l’autodestruction économique (comme dans le cas de l’Allemagne), mais aussi à la guerre. En effet, la division du monde en deux blocs absolument distincts – celui d’une OTAN mondiale dominé par les États-Unis, continuant à s’accrocher au modèle de l’économie de casino, et un bloc du Sud en pleine croissance économique autour des pays BRICS – ne resterait pas non plus pacifique.

Xi Jinping et le PM grec visitent le port du Pirée et saluent la coopération sino-grecque dans le cadre de l'ICR (12/11/2019)
Xi Jinping et le PM grec visitent le port du Pirée et saluent la coopération sino-grecque dans le cadre de l'ICR (12/11/2019)

 

Il n’y a qu’un seul moyen sûr de résoudre les nombreuses crises existentielles qui sévissent dans le monde : au lieu de considérer le nouveau modèle économique des BRICS comme un antagoniste et de s’y opposer, il est dans l’intérêt des nations du Nord planétaire de coopérer avec ce nouvel ordre économique mondial émergent, afin de s’atteler ensemble à la tâche colossale de vaincre la pauvreté et le sous-développement.

À l’heure actuelle, on voit peu de signes indiquant que les représentants de l’establishment transatlantique seraient prêts à admettre les erreurs de jugement et de politique qu’ils ont commises au cours des trente-cinq dernières années (à quelques exceptions près, comme l’ancien président français Sarkozy). Mais les citoyens ordinaires d’Europe et des États-Unis devraient tester de toute urgence les axiomes de leur propre pensée et se demander s’ils ne sont pas influencés par un point de vue eurocentrique et le racisme latent qui s’y rattache.

Dans le Faust de Goethe, la jeune Gretchen demande à son amant, Faust, ce qu’il pense de la religion. C’est ce que les Allemands appellent une « question de Gretchen », c’est-à-dire celle à laquelle vous ne voulez pas répondre, justement parce qu’elle expose ce que vous tenez le plus à cacher. La question de Gretchen concernant la relation entre le Nord et le Sud est simple : avons-nous vraiment accepté qu’il en soit ainsi pour toujours, que près d’un milliard de personnes soient en permanence au bord de la famine, que deux milliards n’aient pas d’eau potable, que 940 millions n’aient pas accès à l’électricité et qu’à cause de la pauvreté, la grande majorité de l’humanité n’ait pas la capacité de développer le potentiel qui lui est inhérent, la privant ainsi de ce qui est l’un des biens les plus précieux de l’homme ?

Nous ne devons pas seulement reconnaître que l’émergence de ce nouvel ordre économique est ce que l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine attendent depuis longtemps, nous devons également comprendre que nous ne pourrons relancer nos propres économies en difficulté qu’en coopérant avec elles. Le président Xi Jinping a clairement indiqué dès le départ que l’ICR (Initiative de la Ceinture et de la Route) était ouverte à la coopération avec tout pays quel qu’il soit, et il est quasiment certain que les membres des BRICS répondront positivement aux offres de coopération des nations occidentales.

Toutefois, cela exige que nous, en Occident, démontrions sans équivoque que nous sommes prêts à une coopération honnête. Il s’agit avant tout d’abandonner le concept d’expansion de l’OTAN en organisation mondiale et de travailler spécifiquement sur une nouvelle architecture internationale de sécurité et de développement qui prenne en compte les intérêts de toutes les nations, y compris la Russie, l’Ukraine et la Chine. J’ai défini dix principes en ce sens, ainsi que les aspects à prendre en compte dans cette nouvelle architecture.

Notre avenir à tous, celui des nations du Sud, et surtout la paix dans le monde, dépendront de notre capacité à rallier suffisamment de forces en Europe et aux États-Unis pour saisir cette extraordinaire opportunité que représente la possibilité de coopérer avec les États du groupe « BRICS+ ».

Nous vivons un changement d’époque comme il ne s’en produit que tous les mille ans. Ce qui est formidable, c’est que nous pouvons tous contribuer à façonner cette nouvelle ère en y apportant notre pierre. Nous pouvons contribuer à mettre fin à cet épisode honteux du colonialisme et écrire une nouvelle page de l’histoire de l’humanité.

Nous vous invitons à signer cet appel (ci-dessous) et à le diffuser largement autour de vous.

 

https://www.institutschiller.org/notre-action/appels/article/soutenons-la-construction-d-un-nouvel-ordre-economique-mondial-juste