Un réseau intelligent et intégré de surveillance de la biodiversité

par Jan Jonckheere pour Chinasquare.be, le 28 décembre 2025

La Chine dispose d’un système de télédétection fondé sur un « système à cinq plates-formes » intégrant satellites, drones, tours d’observation, patrouilles mobiles et stations terrestres pour surveiller la biodiversité. Ce dispositif est renforcé au sol par une unité mobile écologique de patrouille, des chiens-robots et, bientôt, des drones supplémentaires.

 

Grues à cou noir et autres oiseaux sauvages dans la réserve naturelle nationale de Caohai, district autonome Yi-Hui-Miao de Weining – Photo Xinhua
Grues à cou noir et autres oiseaux sauvages dans la réserve naturelle nationale de Caohai, district autonome Yi-Hui-Miao de Weining – Photo Xinhua

Il y a dix ans, les chercheurs chargés de surveiller la biodiversité devaient transporter du matériel lourd à travers montagnes escarpées et vastes pâturages. Aujourd’hui, une révolution silencieuse est en cours : des satellites scrutent depuis l’orbite terrestre, des capteurs sont fixés au sommet de tours, des drones survolent les cimes des arbres et des laboratoires mobiles sillonnent le terrain. Cette collaboration technologique à plusieurs niveaux transforme la manière dont la Chine observe et protège sa richesse biologique.

« Autrefois, la recherche reposait principalement sur des opérations manuelles, limitées, lentes et exigeantes en main-d'œuvre », explique Wu Jiyou, directeur du Satellite Application Center for Ecology and Environment (SACEE) du ministère de l’Écologie et de l’Environnement. « Désormais, notre système à cinq plates-formes combine satellites, drones, tours, patrouilles terrestres et stations au sol. Il couvre davantage de zones, fonctionne plus efficacement et s’inscrit dans la durée. »

Au cœur de cette mutation se trouve la télédétection, qui permet de collecter des données sans intervention directe.

Il y a plus de dix ans, l’experte SACEE Wan Huawei et son équipe étudiaient la propagation de la plante invasive Spartina alterniflora dans le sud de la Chine. Grâce aux images satellites et aux drones, ils ont cartographié sa diffusion et fourni des éléments déterminants pour orienter les efforts de lutte.

Plus tard, SACEE, en collaboration avec des écologistes de l’Université de Pékin, a appliqué des méthodes similaires à la protection du léopard des neiges. En combinant données satellitaires, reliefs et activités humaines avec des observations de terrain, les chercheurs ont identifié des habitats essentiels, évalué leur connectivité et facilité la création de corridors écologiques.

« La série de satellites chinois Gaofen fournit aujourd’hui des données plus fréquentes et plus précises que jamais », poursuit Wan. « De nouveaux outils, tels que l’imagerie hyperspectrale et le lidar, ont encore élargi nos capacités. En intégrant données spatiales, aériennes et terrestres – des caméras infrarouges aux images haute résolution –, nous pouvons suivre la biodiversité à plusieurs échelles, de l’espèce isolée aux écosystèmes entiers. »

 

Une base de données géante

Personnel du SACEE pilotant des drones pour collecter des données – Photo People’s Daily
Personnel du SACEE pilotant des drones pour collecter des données – Photo People’s Daily

Dans les prairies de la région autonome de Mongolie-Intérieure, au nord du pays, l’ingénieur Wang Yongcai et son équipe construisent l’une des bases de données les plus complètes sur la biodiversité des pâturages chinois. Chaque été, Wang passe environ six semaines sur le terrain pour documenter espèces végétales, croissance des prairies et état général des écosystèmes.

Objectif : assurer un suivi dynamique de l’évolution des pâturages, de la couverture végétale et de la dégradation des terres — y compris désertification et salinisation — afin d’évaluer plus précisément leur état à long terme.

À ce jour, SACEE a constitué d’importants ensembles de données et mis en place une première plateforme numérique dotée d’un système intelligent de reconnaissance des graminées et d’un module d’inversion des paramètres des prairies déjà opérationnel. « Dans les zones pilotes de Mongolie-Intérieure, la précision d’identification des espèces dépasse 80 % », assure Wang.

Comme la quantité de données conditionne directement la fiabilité de la base et les performances d’identification, SACEE prévoit d’installer des aires d’envol pour drones dans plusieurs régions pilotes. Une fois opérationnelles, les drones pourront être commandés à distance depuis Pékin, ce qui renforcera considérablement les capacités de surveillance, ajoute-t-il.

 

Des outils intelligents

Modèle 3D d’un système écologique intégré espace-air-sol – Photo People’s Daily
Modèle 3D d’un système écologique intégré espace-air-sol – Photo People’s Daily

Les innovations technologiques ont aussi transformé le travail de terrain. Le matériel volumineux autrefois transporté vers des zones reculées a été remplacé par des instruments portables et très performants, améliorant efficacité et sécurité.
Devant le SACEE stationne un véhicule ressemblant à un 4x4 ordinaire ; il s’agit en réalité d’une unité mobile de patrouille écologique multifonction. Finalisée en août 2022, elle n’a cessé d’être modernisée et embarque désormais des modèles multimodaux conçus pour la reconnaissance animale, capables d’identifier, recenser et suivre automatiquement la faune sauvage.

Dans les prairies de Mongolie-Intérieure, un robot chien quadrupède contribue lui aussi à étudier la diversité végétale. Doté d’une caméra, piloté à distance et capable de se déplacer de manière autonome, il photographie la végétation et transmet les images en temps réel.

La plate-forme mobile de suivi de la biodiversité développée par SACEE est équipée d’une caméra panoramique à lumière visible et identifie, via des images haute définition, des espèces clés, y compris des plantes invasives ou des flores rares et menacées.

Le scientifique en chef du SACEE, Gao Jixi, insiste : le « Système à cinq plates-formes » dépasse largement l’addition d’outils. « C’est un réseau multidimensionnel conçu spécialement pour la télédétection écologique. Il intègre dispositifs, données et applications et relie chaque étape du processus de surveillance. Sa réussite repose sur une coopération étendue et sur l’intégration harmonieuse de données issues de régions et d’administrations différentes. »

De nouvelles pratiques et technologies opèrent ainsi une transformation profonde de la surveillance écologique, conclut-il. « Grâce à un effort continu, nous entendons renforcer encore nos capacités et contribuer à la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. »

Source: Xinhua

URL de l'article en neerlandais: https://www.chinasquare.be/een-slim-geintegreerd-monitoringnetwerk-voor-controle-biodiversiteit/