Énergie solaire chinoise pour Cuba : comment l’île contourne l’embargo pétrolier de Trump
par Giorgio Dell'Omodarme, le 27 février 2026
La crise énergétique cubaine s’est aggravée après la décision des États-Unis d’imposer des tarifs douaniers supplémentaires aux pays vendant du pétrole à Cuba. Mais l'île des Caraïbes a trouvé un soutien crucial auprès de la Chine pour développer l'énergie solaire et les batteries, tandis que l'UE reste simple spectatrice.

La stratégie d’isolement de Cuba choisie par le président américain Donald Trump pousse l’île un peu plus dans les bras de la Chine, sous le regard passif de l’Union européenne. C'est le tableau qui se dessine un mois après le décret du 29 janvier, par lequel le président américain a instauré un mécanisme de tarifs douaniers punitifs sur les importations aux États-Unis pour tout pays vendant du pétrole au régime cubain.
Il ne fait aucun doute que ce que The Economist qualifie d’« embargo de fait » a contribué à aggraver une crise économique et énergétique déjà profonde avant le coup porté par Trump à La Havane. Le prix des denrées alimentaires a grimpé en flèche, tout comme les coûts de transport, et l'essence est désormais rationnée via une application (il existe, bien sûr, un marché noir très développé où le litre peut atteindre 8 dollars, contre un prix officiel de 1,10 dollar).
La nuit, la plupart des lampadaires restent éteints et les pannes d'électricité, de plus en plus fréquentes — touchant principalement les zones orientales et les plus pauvres de l'île — ont atteint une durée record de 24 heures. Enfin, le secteur du tourisme, autrefois moteur de l'économie cubaine, en subit les contrecoups : les compagnies aériennes ne peuvent plus se ravitailler sur l'île et les bus touristiques sont de plus en plus cloués au sol. Gaesa, le conglomérat militaire qui domine le secteur, a été contraint de fermer nombre de ses hôtels.
Cette situation complexe est encore alourdie par les graves dommages causés dans l'est de l'île par l'ouragan Melissa en octobre dernier : environ 3,5 millions de Cubains ont été touchés, 90 000 habitations endommagées ou détruites, et 100 000 hectares de terres arables ont été perdus. Pourtant, l'arme américaine de l'embargo indirect, potentiellement létale, semble s'être émoussée. La Chine est venue au « secours » de Cuba, apportant une contribution économique significative pour compenser la grave pénurie de pétrole par des énergies alternatives plus durables, en particulier le solaire.
Ce partenariat a débuté avant même le dernier acte d'hostilité de Trump : en décembre 2024, les deux pays ont signé un accord pour la construction de sept parcs solaires (capacité de 35 mégawatts), et un autre projet prévoit la construction de 92 parcs supplémentaires d'ici 2028, pour une capacité totale de 2 gigawatts. Les chiffres du groupe de réflexion Ember confirment cette tendance : entre avril 2024 et avril 2025, les importations cubaines de panneaux solaires chinois ont été multipliées par 34, une croissance plus rapide que dans n'importe quel autre pays au monde.
En octobre 2025, Cuba avait achevé la construction de 35 parcs solaires pour une capacité de 750 mégawatts. L'engagement du régime semble s'inscrire dans la durée : sous l'égide de la CCNUCC (Nations Unies), La Havane ambitionne de couvrir 26 % de ses besoins électriques par les énergies renouvelables d'ici 2035 (contre 5 % en 2024).
Cependant, cette transition sera semée d'embûches, le principal obstacle étant financier. « La transition verte de Cuba nécessitera des investissements compris entre 8 et 10 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie ; le pays n'a tout simplement pas cet argent et la Chine ne paiera pas pour tout », a confié au Guardian Ricardo Torres, économiste de l'énergie à l'American University de Washington. Jorge Piñon, expert à l'Energy Institute de l'Université du Texas, s'accorde à dire que La Havane sous-estime l'investissement requis : « Produire de l'énergie solaire ne suffit pas ; il faut aussi penser au transport et au stockage. »
C'est là le nœud du problème : les panneaux ne fournissent de l'énergie qu'en journée, alors que le pic de demande se situe entre 19h et 20h. La solution — le stockage par batteries — reste le composant le plus onéreux. Pourtant, là encore, la Chine semble prête à intervenir. Selon The Economist, Cuba importe également des batteries de Pékin à un « rythme effréné ».
Et l’Europe dans tout cela ? Dix ans après la signature de l'accord historique de normalisation des relations entre Bruxelles et La Havane (12 décembre 2016), l'UE semble avoir laissé passer l'occasion de s'imposer comme un partenaire économique et énergétique crédible. La volonté de ne pas trop irriter l'allié américain l'a emporté sur la mise en œuvre concrète des engagements de l'Union en matière de durabilité et de transition énergétique. Pendant ce temps, Pékin se frotte les mains.
URL de l'article en anglais: https://www.eunews.it/en/2026/02/27/chinese-solar-energy-for-cuba-how-the-island-is-sidestepping-trumps-oil-embargo/























